TAKESHI

UN FRANC LIMIER BIEN PARTICULIER

Le mystère Takeshi

Takeshi est un Franc Limier de légende. Nous employons ici le terme de légende à raison, car il est resté de tous temps extrêmement discret. Très rares ou très malins sont ceux qui sont parvenus à entrer en contact avec lui et surtout à le rester. Les quelques informations dont nous disposons à son sujet nous viennent d’une vieille section française des Francs Limiers (basée dit-on du côté de Lixing-lès-Rouhling) qui l’ont connu lors de son voyage initiatique. La retranscription des informations ci-dessous s’est donc faite de manière orale, avec quelques légers soucis de communication dû au patois lorrain et de la pratique courante dite de « passer du coq au vin » au fil des conversations et des schlucks de mirabelle. Mais bref…

Dans ses jeunes années, Takeshi a eu l’occasion de développer son esprit savant auprès d’illustres prédécesseurs, parmi lesquels notre Grand Limier actuel, alors encore un nourrisson en train de chougner dans les schlappes de sa mère (Francis Lumière a très certainement dû le croiser lors d’un de ses derniers passages dans le coin, mais il n’en a a priori aucun souvenir, probablement trop occupé qu’il était à mamailler pour avoir une part de quiche ou de tarte aux quetsches). Fort heureusement pour nous, du fait de sa jeunesse et de son statut au sein de la société savante, le jeune Takeshi était moins secret qu’il ne l’est aujourd’hui.

C’est donc des nombreuses discussions savantes qu’il a tenues avec ses homologues français que nous tirons les informations que nous vous proposons de porter à votre connaissance dans le paragraphe suivant. Notez bien que bienséance et règles de bonne conduite obligent, le saké offert par Takeshi coulait alors à flots et ce dernier n’hésitait pas à abreuver ses hôtes d’anecdotes palpitantes, ajoutant promptement « et si on se rejetait un p’tit umeshu pour la route ? » (peu ou prou) afin de ponctuer son histoire.

Takeshi, Franc Limier, vers 1953 (février ou mars, à vol d’oiseau)

Pâté lorrain

Le fameux pâté lorrain, qui marqua Takeshi à chacun de ses voyages en Lorraine

Heureusement, entre deux parties de Trivial Pursuit édition « société (un peu) secrète », quelqu’un a pris soin de mettre de côté les gribouillis de Takeshi

Un cryptologue de premier plan

Avec le recul dont nous disposons aujourd’hui (cf. le texte ci-dessus), il apparaît évident que pour rester aussi secret et influent, Takeshi maîtrise depuis une éternité l’art de la cryptologie. Sa faculté à comprendre les éléments les plus secrets d’un texte pourtant anodin a rapidement surpris ses mentors français.

À titre d’exemple, c’est à l’occasion de son second voyage en France que les Francs Limiers ont enfin pu découvrir la phrase secrète dissimulée dans la fameuse recette du pot-au-feu écrite par Ingrid de Kische qui lui donne toute sa saveur mystique : « j’ai remplacé la viande de boeuf par des huîtres et les carottes par des fraises, ça marche aussi bien ! ». Au-delà de ses capacités à lire entre les lignes, Takeshi s’est également illustré grâce au système de cryptographie qu’il a lui-même inventé, lequel a laissé pantois les Francs Limiers les plus expérimentés. L’un d’eux est parvenu à nous transmettre une copie réalisée par ses soins de ce qu’il pense être le code mis au point par Takeshi. (Bon, c’est vrai, l’époque était ce qu’elle était, internet existait pas, mais faut quand même avouer que ça avait pas l’air si complexe que ça, vu que même Francis a compris en moins de deux jours il y a 6 mois de cela. Et ça ne faisait que la troisième fois qu’on lui expliquait !)

L’aquaculture, plus qu’une passion, un mode de vie

Comme vous le savez certainement toutes et tous, le Japon est un état insulaire (un gros truc plein de terre flottant au milieu des eaux, en gros, comme dirait Francis) et c’est peut-être l’une des raisons pour lesquelles Takeshi a eu autant à cœur de découvrir toutes les spécialités de fromage en arrivant en France. Mais, ce n’est pas du tout là où ce paragraphe nous emmenait. Insulaire… Qui dit insulaire dit eau, qui dit eau dit surf. Qui dit surf… dit surf. D’où l’aquaculture, donc, une singularité qui a forgé la légende Takeshi auprès de ses ami-e-s français-e-s, notamment lors de démonstrations plus qu’efficaces au lac de Madine ou celui de Pierre Percée.

Quoi qu’il en soit, Takeshi n’a pas mis longtemps à s’habituer à la différence d’écosystème entre l’Océan Pacifique et la Moselle. De mémoire de très vieux Francs Limiers, son premier réflexe en arrivant dans la région de Metz a été d’effectuer des tests sur les eaux de différents ruisseaux et rivières de la région avec pour objectif de se trouver un petit coin de paradis pour pouvoir abriter un élevage de crevettes. Une fois cette première étape réalisée, il a entrepris la construction de nombreux espaces dédiés à la culture (un peu secrète) de la crevette dans la région.

Son espèce préférée était dit-on, la crevette d’Amano qu’il cuisinait à toutes les sauces : ketchup, mayo, harissa, blanche ou encore andalouse. Même si aujourd’hui ce qu’il a construit n’est plus, il est difficile de nier le rôle prépondérant qu’il a eu l’occasion de jouer au moment de mettre à jour le livre ancestral de recettes des Francs Limiers. Au cours de son séjour en France, ce ne sont pas moins d’une dizaine de plats à base de crevettes qui ont été ajoutés à ce grimoire ancien, symbole de l’importance de la gastronomie pour la société savante.

Takeshi, c’était loin d’être un pérave, quand il s’agissait de cuisiner de bonnes crevettes

C’est vrai qu’on lui aurait facilement donné un p’tit pneu sans combustion, comme dirait Francis (quoi que cela puisse signifier…personnellement, je retranscris pêle-mêle), mais derrière cette barbiche narquoise se cache un véritable  stratège qui a HORREUR de perdre

Takeshi, l’ombre derrière la lumière

Afin de vraiment faire le tour du sujet (et parce que sinon je dois partir m’occuper de la compta avec Francis), il nous faut à présent évoquer un aspect un peu moins reluisant de la personnalité de Takeshi. Les Francs Limiers, c’est avant tout une société (un peu) secrète chargée de résoudre pas mal de trucs divers et variés, mais chaque réunion rime également avec bonne bouffe, camaraderie et le partage est au cœur de chaque café klatsch de la semaine.

Fréquemment, Les Francs Limiers aimaient organiser des duels de cuisine. Une sorte de jeu à la manière de ce que l’on peut voir aujourd’hui dans certaines émissions télévisées. Takeshi a eu souvent l’occasion d’y participer, fin gourmet qu’il était (et puis, bon, ça fait toujours classe de dire qu’on a un cuisto japonais dans un battle de bouffe). Il a eu le loisir de s’y illustrer avec des plats iconiques tels que le sauté de crevette au beurre d’escargot ou encore l’omelette d’œufs de caille sur son lit de saumon. Toutefois, il lui arrivait aussi d’être vaincu. C’est à ces occasions que transparaissait un aspect différent de sa personnalité d’ordinaire sympathique : son côté mauvais perdant. Il lui arrivait alors de marquer l’audience grâce à quelques saillies verbales telles que : « ta béarnaise tu sais où tu peux te la mettre », « ta soupe d’oignon elle pue l’cochon » ou encore « Hé les connards ! Vous pouvez faire griller un porcelet s’il vous plaît ? ». Il est évident que c’était alors le goût amer de la défaite qui s’exprimait, mais pas seulement. Takeshi était en effet prompt aux excès, notamment de boissons. Malheureusement pour lui (et heureusement pour nos stocks) il en fallait assez peu pour qu’il soit « torchon, chiffon, carpette ». Dans ces moments, ses accès verbaux étaient l’occasion pour chacun de rire un bon coup mais aussi de l’écouter ressasser son amour pour son pays d’origine : le Japon. Du reste certains épisodes sont restés ancrés dans les mémoires de quelques anciens comme celui de son sommeil soudain après deux verres de saké ou son imitation de Mike Brant un sous-bock collé sur le front et un bouteille de vin rouge en guise de micro.